Lundi 22 mars 2010
1
22
/03
/Mars
/2010
09:27
Nous publions ci-dessous la traduction française de la synthèse de la lettre pastorale que Benoît XVI a adressée, le 20 mars, aux catholiques d'Irlande, suite aux scandales d'abus sexuels dans le
pays.
* * *
Le Pape a adressé une Lettre pastorale à tous les catholiques d'Irlande pour exprimer son désarroi face aux abus sexuels commis sur des jeunes de la part de représentants de l'Eglise et la façon
dont ceux-ci ont été affrontés par les évêques irlandais et les supérieurs religieux. Il demande que la Lettre soit lue avec attention et dans son intégralité. Le Saint-Père exprime sa proximité
dans la prière à toute la communauté catholique irlandaise en ce moment douloureux et propose un chemin de guérison, de renouveau et de réparation.
Il leur demande de se rappeler du rocher d'où ils ont été taillés (Is 51, 1), et en particulier de la belle contribution que les missionnaires irlandais apportèrent à la civilisation de l'Europe
et à la diffusion du christianisme sur chaque continent. Au cours des dernières années, sont apparus de nombreux défis à la foi en Irlande, à la suite d'un changement social rapide, et d'un
déclin dans l'adhésion aux pratiques traditionnelles de dévotion et de sacrements. Tel est le contexte au sein duquel il faut comprendre la façon dont l'Eglise a affronté le problème de l'abus
sexuel sur les enfants.
De nombreux facteurs ont été à l'origine du problème : une formation morale et spirituelle insuffisante dans les séminaires et les noviciats, une tendance dans la société à favoriser le clergé
et d'autres figures d'autorité, une préoccupation déplacée pour la réputation de l'Eglise et pour éviter les scandales ont conduit à ne pas appliquer, lorsque cela était nécessaire, les peines
canoniques alors en vigueur. Ce n'est qu'en examinant avec attention les nombreux éléments qui donnèrent naissance à la crise qu'il est possible d'en identifier avec précision les causes et
trouver des remèdes efficaces.
Au cours de leur visite ad limina à Rome en 2006, le Pape a demandé aux évêques irlandais d'« établir la vérité sur ce qui est arrivé par le passé, de prendre toutes les mesures nécessaires pour
éviter que cela ne se reproduise à l'avenir, d'assurer que les principes de justice soient pleinement respectés et, surtout, de soutenir les victimes et tous ceux qui sont victimes de ces crimes
monstrueux ». A partir de ce moment, il a voulu rencontrer en personne les victimes en plusieurs occasions, écoutant leurs récits, priant avec eux et pour eux, et est prêt à le faire à nouveau à
l'avenir. En février 2010, il a appelé à Rome les évêques irlandais pour examiner avec eux les mesures qu'ils sont en train de prendre pour résoudre le problème, avec une référence particulière
aux procédures et aux protocoles aujourd'hui en vigueur pour assurer la protection des enfants dans les milieux ecclésiaux et pour répondre de façon rapide et juste aux accusations d'abus. Dans
cette Lettre pastorale, il s'adresse directement à une série de groupes au sein de la communauté catholique irlandaise, à la lumière de la situation qui s'est créée.
En s'adressant en premier lieu aux victimes des abus, il prend acte de la terrible trahison dont ils ont souffert et leur exprime tous ses regrets pour ce qu'ils ont dû endurer. Il reconnaît que,
dans de nombreux cas, personne n'était disposé à les écouter lorsqu'ils trouvaient le courage de parler de ce qui était arrivé. Il comprend ce que devaient éprouver ceux qui résidaient dans des
collèges en se rendant compte qu'ils n'avaient aucun moyen d'échapper à leurs souffrances. Tout en reconnaissant combien il peut sembler difficile pour nombre d'entre eux de pardonner ou de se
réconcilier avec l'Eglise, il les exhorte à ne pas perdre l'espérance. Jésus Christ, lui-même victime de souffrances injustes, comprend la profondeur de leur peine et son effet durable sur leur
vie et sur leurs relations. Toutefois, ce sont précisément ses blessures, transformées par ses souffrances rédemptrices, qui sont les moyens à travers lesquels le pouvoir du mal est brisé et nous
renaissons à la vie et à l'espérance. Le Pape exhorte les victimes à rechercher dans l'Eglise l'occasion de rencontrer Jésus Christ et de trouver la guérison et la réconciliation en redécouvrant
l'amour infini que le Christ a pour chacun d'eux.
Dans ses paroles aux prêtres et aux religieux qui ont commis des abus sur les jeunes, le Pape leur rappelle qu'ils doivent répondre devant Dieu et devant les tribunaux constitués à cet effet pour
les actions marquées par le péché et criminelles qu'ils ont commises. Ils ont trahi une confiance sacrée et jeté la honte et le déshonneur sur leurs confrères. En même temps que le dommage
immense causé aux victimes, un grand dommage a été perpétré contre la perception publique du sacerdoce et de la vie religieuse en Irlande. Tout en exigeant d'eux qu'ils se soumettent aux
exigences de la justice, il leur rappelle qu'ils ne doivent pas désespérer de la miséricorde de Dieu, qu'il a librement offerte même aux pécheurs les plus grands, s'ils se repentent de leurs
actions, s'ils font pénitence et avec humilité implorent le pardon.
Le Pape encourage les parents à persévérer dans le devoir exigeant d'éduquer leurs enfants afin qu'ils sachent qu'ils sont aimés et désirés et qu'ils développent une saine estime de soi. C'est
aux parents qu'est confiée en premier lieu la responsabilité d'éduquer les nouvelles générations aux principes moraux qui sont essentiels pour une société civile. Le Pape invite les enfants
et les jeunes à trouver dans l'Eglise une opportunité pour une rencontre vivifiante avec le Christ, et à ne pas se décourager face aux manquements de certains prêtres et religieux. Il se tourne
vers les plus jeunes en comptant sur leur contribution au renouveau de l'Eglise. Il exhorte également les prêtres et les religieux à ne pas se décourager, mais au contraire à renouveler leur
dévouement à leurs apostolats respectifs, en œuvrant en harmonie avec leurs supérieurs de manière à offrir une vie et une vitalité nouvelles à l'Eglise en Irlande à travers leur témoignage vivant
de l'œuvre rédemptrice du Seigneur.
En s'adressant aux évêques irlandais, le Pape relève les graves erreurs de jugement et les échecs dans le gouvernement chez un grand nombre d'entre eux, car ils n'ont pas appliqué correctement
les procédures canoniques pour répondre aux accusations d'abus. Bien qu'il soit souvent difficile de savoir comment affronter des situations complexes, le fait demeure que de graves erreurs
furent commises et il en résulte qu'ils ont perdu leur crédibilité. Le Pape les encourage à persévérer avec détermination dans leurs efforts pour porter remède aux erreurs du passé et pour
assurer qu'elles ne se répètent pas, en mettant pleinement en œuvre le droit canonique et en coopérant avec les autorités civiles dans les domaines de leur compétence. Il invite en outre les
évêques à s'engager à devenir saints, à se présenter comme des exemples, à encourager les prêtres et les fidèles à jouer leur rôle dans la vie et dans la mission de l'Eglise.
Enfin, le Pape propose plusieurs mesures spécifiques pour favoriser le renouveau de l'Eglise en Irlande. Il demande à tous de consacrer leurs pénitences du vendredi, pour une année entière, en
réparation des péchés d'abus qui ont eu lieu. Il recommande le recours fréquent au sacrement de la réconciliation et à la pratique de l'adoration eucharistique. Il annonce son intention de
convoquer une Visite apostolique dans plusieurs diocèses, congrégations religieuses et séminaires, avec la participation de la Curie romaine, et il propose une Mission au niveau national pour les
évêques, les prêtres et les religieux en Irlande. En cette année consacrée dans le monde entier aux prêtres, il présente la figure de saint Jean-Marie Vianney comme modèle et intercesseur pour un
ministère sacerdotal revivifié en Irlande. Après avoir remercié tous ceux qui se sont engagés avec zèle pour affronter avec fermeté le problème, il conclut en proposant une Prière pour l'Eglise
en Irlande, destinée à tous les fidèles pour invoquer la grâce de la guérison et du renouveau en ce temps difficile.
Source : Zenit